Principaux développements depuis mars 1999 : des
efforts d'enlèvement de mines ont été
différés, bien que quelques déminages limités aient
eu lieu. L'UNICEF a établi un Comité de Sensibilisation aux Mines
qui s'est réuni toutes les deux semaines depuis avril 1999 pour
planifier et coordonner les activités de sensibilisation aux mines. Les
Nations Unies ont rapporté en juillet 1999 que la Guinée-Bissau
niait l'utilisation de mines dans son conflit de 1998 et annonçait que
des efforts allaient être fournis pour identifier les parties coupables
et les mener devant la justice.
La
Guinée-Bissau a signé le Traité d'Interdiction des Mines
à Ottawa le 3 décembre 1997, mais ne l'a pas encore
ratifié. Elle n'a pas assisté à la Première
Conférence des États Parties (FMSP) à Maputo en mai 1999,
ni assisté aux réunions intersessionnelles du Comité
Permanent d'Experts à Genève.
La Guinée-Bissau a voté en décembre 1999 pour la
résolution 54/54B de l'Assemblée Générale des
Nations Unies appuyant le Traité d'Interdiction des Mines. En juillet
1999, un conseiller du Premier Ministre a qualifié l'usage des mines de
"crime de guerre" [1]....
La Guinée-Bissau n'est pas partie à la Convention sur les Armes
Conventionnelles, ni membre de la Conférence sur le Désarmement.
La
Guinée-Bissau n'est pas connue pour avoir produit ou exporté des
mines antipersonnel. Elle semble avoir importé des mines d'un certain
nombre de pays. Le 7 février 1998, le gouvernement a détruit
entre 2.000 et 2.300 mines de ses stocks, en présence de diplomates
étrangers, de médias et de représentants de l'armée
sénégalaise, mais aucune autre destruction n'a eu lieu
ultérieurement [2]. Il n'y a pas
d'estimation de l'ampleur du stock de mines actuellement détenu par
l'armée de Guinée-Bissau.
Le
Rapport 1999de l'Observatoire des Mines contenait un
exposé sur les combats en Guinée-Bissau, qui ont
débuté en juin 1998. L'Observatoire des Mines concluait que les
forces gouvernementales, les troupes sénégalaises soutenant le
gouvernement et les forces d'opposition (la junte militaire) avaient tous
utilisé des mines. D'après une enquête de l'UNMAS de 1998,
l'utilisation des mines par chacune des parties dans la bataille pour la
capitale de Bissau aurait laissé entre 2.000 - 3.000 mines, "8.000 mines
étant une estimation maximale" [3].
L'enquête de l'UNMAS indiquait que "il est rapporté que la junte
et les forces gouvernementales aussi bien que le contingent
sénégalais ont constitué des registres sur les
différents champs de mines" [4].
En juillet 1999, une étude du Programme pour le Développement des
Nations Unies disait que "les mines seraient disposées selon une
disposition linéaire, les lignes de mines étant espacées
d'un mètre les unes des autres. Un simple fil aurait été
utilisé pour délimiter les abords des champs de mines. Des
démineurs expérimentés ont indiqué qu'ils tentent
de retrouver ces fils par méthode de sondage dans une direction
définie et savent qu'il y a un champ de mines lorsque les fils sont
trouvés" [5]. D'après le UNDP, la
majorité des mines antipersonnel ont été trouvées
autour et entre les précédentes positions défensives.
Certaines mines antipersonnel ont été trouvées sur les
routes et voies d'approche possible. Certaines mines POMZ ont également
été trouvées du côté de la frontière
orientale mais n'ont pas été utilisées dans la
capitale.
Lors de la diffusion du Rapport 1999 de l'Observatoire des Mines
(septembre 1999), le gouvernement sénégalais a nié
l'emploi de mines. Le gouvernement de Guinée-Bissau n'a pas émis
de démenti à ce moment [6].
Pourtant, dans son étude de juillet 1999, l'UNDP rapportait que "toutes
les forces démentent catégoriquement avoir
disséminé des mines. ECOMOG est parvenu à obtenir des
différents groupes les zones qu'ils pensaient minées" [7].
L'UNDP a également rapporté que certains hauts fonctionnaires de
Guinée-Bissau "sentent que certaines forces d'occupation ont
récemment posé des mines à Bissau. Au cours d'une
conférence de presse le 12 juillet 1999, le conseiller du Premier
Ministre Iancuba N'Djai a annoncé que des efforts allaient être
entrepris pour identifier les parties coupables et les amener devant la justice
étant donné que l'usage des mines est `un crime de guerre'" [8].
L'Observatoire des Mines maintient son rapport sur l'utilisation de mines par
les troupes de Guinée-Bissau en 1998.
Les
autorités de Guinée-Bissau estiment qu'il pourrait y avoir aux
alentours de 20.000 mines dans la région de Bissau [9]. L'ampleur du problème est connue et la
majorité des champs de mines sont répertoriés et
identifiés. Pourtant, une querelle entre les autorités de
Guinée-Bissau et l'armée sénégalaise a eu pour
effet la non transmission des cartes pour l'enlèvement des mines,
retardant les efforts de déminage. Quelques enlèvements
limités ont eu lieu ; 1.952 mines antipersonnel ont
été enlevées et détruites [10]. L'organisation non-gouvernementale Humaid
Demining a débuté un programme de déminage en avril
1999 [11]. En 1999, il était
apparent qu'il n'y avait pas de planification, priorisation ni de
répartition des tâches.
L'UNDP a proposé la mise sur pied d'une structure nationale pour
l'action mines et a promis 150.000 US$ pour initier le mécanisme de
coordination et constituer une équipe [12]. L'UNDP déclare qu'il va fournir le
support matériel pour le développement des compétences au
niveau national et permettre la mise en oeuvre des opérations de
déminage [13]. En 2000, la
Commission Nationale pour le Désarmement, le Cantonnement des Troupes et
le Déminage s'est vue confier des responsabilités pour
l'enlèvement des mines, avec la participation de l'ECOMOG. Le Bureau de
Soutien pour la Construction de la Paix (Peace-building Support Office) des
Nations Unies en Guinée-Bissau (UNOGBIS) est responsable de la
récolte de fonds et devrait être chargé de la gestion d'un
programme d'action mines, mais cela ne paraît guère
opérationnel [14]. En juin
2000, les Nations Unies ont pris acte du fait que le gouvernement "avait
approuvé le document de projet sur le déminage et mis sur pied
une institution nationale pour les activités de déminage... La
phase d'assistance préliminaire du projet de déminage est
programmé pour début juillet" [16].
L'armée de Guinée-Bissau déclare disposer de 112
démineurs entraînés et expérimentés[16]. La plupart d'entre eux ont
été associés à Humaid Demining. Les
démineurs ont rapporté que leurs détecteurs de mines de
fabrication soviétique n'étaient pas capables de détecter
les mines C-3A, P-4B et PMN ; ils avaient par conséquent
adopté la technique par sondage. Bon nombre des mines nouvellement
posées sont des mines en plastique espagnoles indétectables avec
leurs détecteurs actuels [17]. Humaid a également
rapporté la présence de 3.000 mines anti-char TM 46 dans le
Sud-Est et 1.900 dans le Sud du pays mais cette affirmation ne peut être
prouvée[18]. Le
PNUD remarqué en juillet 1999 que les efforts de déminage de
Humaid n'étaient pas au niveau des standards de déminage
humanitaires et qu'ils avaient besoin de formation [19].
Plusieurs bailleurs se sont présentés pour soutenir le
déminage dans le pays. Le Portugal a promis 50.000 US$ en 1999 pour des
formations de démineurs [20]. L'UNOGBIS a mobilisé 165.000 US$ [21]. L'Allemagne a donné
25.000 US$ en 1999 [22] et les
États-Unis auraient débloqués environ 365.000 US$ en 2000
et 500.000 US$ pour 2001 [23]. Le
Canada et des particuliers parmi lesquels le précédent
Ambassadeur des États-Unis à Bissau, John Blakin, ont
également participé à la récolte de fonds pour le
déminage [24].
L'UNICEF
a constitué un Comité de Sensibilisation aux Mines (COAM), qui
est composé de différentes organisations et ONG et qui s'est
réuni tous les quinze jours depuis avril 1999 pour la planification et
la coordination des activités de sensibilisation aux mines. Trois
domaines prioritaires ont été identifiés :
information, formation et logistique. Du matériel a été
produit, parmi lesquels des cordes de marquage, des triangles de signalisation,
des T-shirts, des affiches de sensibilisation aux mines et des bandes
dessinées, subventionné par le Canada (20.400 US$). La station de
radio locale a également fourni des espaces radio gratuits pour les
messages de sensibilisation et RDP (Radio portugaise) a également
diffusé des programmes de sensibilisation aux mines à Bissau.
Andes, une ONG locale, a été soutenu par Rädda
Barnen (Save the Children Sweden) via un consultant vers mi-1999,
chargé de la formation de formateurs en sensibilisation aux mines,
à destination spécifique des instituteurs. Durant cette
période, quelques 40 personnes ont été formées [26]. En juillet 1999, Andes a
organisé un tournoi de football à Bissau, dont le thème
était la sensibilisation aux mines, qui a attiré près de
2.500 jeunes.
Bien
que le nombre soit incertain, des incidents liés aux mines continuent
à se produire. Certains des accidents impliquent des gens qui sont
retournés dans leurs maisons à Bissau, ou qui ont
recommencé des activités agricoles dans les champs de riz ou
d'anacardiers (noix de cajou). A Bissau, les panneaux de signalisation des
mines n'ont pas toujours été respectés [26]. Un problème particulier est que le
tissu rouge est traditionnellement utilisé pour avertir les gens de ne
pas pénétrer dans une zone parce qu'il s'agit d'un verger
d'anacardiers privé ou parce qu'une cérémonie
traditionnelle s'y déroule. Un certain nombre de victimes ont
rapporté qu'elles avaient cru que les avertissements contre les mines
étaient en fait ce genre de signaux.
Les victimes des mines, tant des militaires que des civils, sont
soignées à l'hôpital, mais une fois renvoyées chez
eux, sont à charge de leur famille. Il existe deux structures
prothétiques à Bissau. L'une est gérée par le
gouvernement, mais ne fonctionne pas. L'autre est gérée par
Andes, soutenue par Handicap International, qui fournit le
matériel à partir du Sénégal. Le PNUD a
rapporté que le CICR envisagerait de collecter des données sur
les victimes dans les hôpitaux [27].
[1] Du 23 au 31 mai 1999, Leon Terblanche,
Conseiller Principal de l'Action Mines, UNDP, a entrepris une mission
d'évaluation en Guinée-Bissau. Programme de Développement
des Nations Unies, " Rapport technique de mission en Guinée-Bissau", 29
juillet 1999, p 12.
[2] Des photographies de la destruction du stock
ont été publiées dans les médias
sénégalais ; voir Le Soleil, 9 février
1998.
[3] Major Herve Petetin, UNMAS, "La situation
des mines en Guinée-Bissau", Décembre 1998, p 1.
[4] UNMAS, "La situation des mines en
Guinée-Bissau", Décembre 1998, p 1.
[5] UNDP, "Rapport technique de mission en
Guinée-Bissau", 29 juillet 1999, p 7.
[6] Dans une déclaration lors de la FMSP
à Maputo où le rapport a été diffusé, le
Sénégal a dit "être étonné d'être la
cible d'allégations" sur l'utilisation de mines par ses troupes en
Guinée-Bissau et a "catégoriquement rejeté les
allégations". "Déclaration faite par la délégation
sénégalaise faisant suite à diverses allégations
contenues dans le Rapport 1999 de l'ICBL". Première Conférence
des États Parties de la Convention sur les Mines Antipersonnel, Maputo,
5 mai 1999 (traduction non officielle). La Guinée-Bissau n'a pas
assisté à la FMSP.
[7] UNDP, "Rapport technique de mission en
Guinée-Bissau", 29 juillet 1999, pp 5-6.
[8] UNDP a recommandé qu' "au lieu de
réprimer après les faits, l'UNDP suggère que le
gouvernement organise une étude de cas avec la communauté
internationale, ICBL et les parties concernées afin d'examiner quels
mécanismes n'étaient pas en place ou furent défaillants
pour prévenir l'utilisation de mines en Guinée-Bissau, dans le
but de renforcer la convention". UNDP, "Rapport technique de mission en
Guinée-Bissau", 29 juillet 1999, p 13.
[9] UNDP, " Rapport technique de mission en
Guinée-Bissau", 29 juillet 1999, p 6.
[10] Interview avec une délégation
du Génie Militaire, Bissau, mars 2000.
[11] L'équipe de Humaid est
constituée de personnel démobilisé consistant en trois
chefs d'opération (anciens officiers), treize chefs d'équipe,
septante-sept démineurs et vingt-sept étudiants. Ces
démineurs ont enlevé des mines durant la guerre de 1998-1999 et
sont organisés en treize équipes, chacune comptant six
démineurs, deux infirmières et deux chauffeurs.
[12] UNDP estime que 400.000 US$ annuels
seront nécessaires pour les frais courants.
[13] Conseil de Sécurité des
Nations Unies, "Rapport du Secrétaire Général sur les
développements en Guinée-Bissau", S/2000/632, 28 juin 2000, p
2.
[14] Interview avec Alioune Ibaba, UNOGBIS,
Bissau, Mars 2000.
[15] Conseil de Sécurité des
Nations Unies, "Rapport du Secrétaire Général sur les
développements en Guinée-Bissau", S/2000/632, 28 juin 2000, pp
2-3.
[16] UNDP, "Rapport technique de mission en
Guinée-Bissau", 29 juillet 1999, p 8.